Après la Malaisie et cette petite pause dans la nature, ce sera l’Inde et de l’action dans la nature. En fait, passage de l’inaction à l’action, surtout.
J’ai découvert récemment quel était mon plus gros problème : Je voyageais!
Maintenant, reste à résoudre les plus petits problèmes.
Le voyage lui-même est super enrichissant, c’est vrai. Et il y a des personnes qui dédient leur vie au voyage. Je les admire. Mais j’ai toujours plus ou moins su que je ne veux pas suivre leur trace. Ce n’est juste pas ma volonté. Je crois que j’aimerai voyager, toujours, la découverte, la rencontre, les sourires, les faux-pas, les incertitudes, les échanges, l’humanité, les regards, la compréhension, l’incompréhension, les nuances et les certitudes ébranlées…
Je crois que j’aimerai toujours l’exotisme, et le processus de fabrication de nouveaux amis éphémères sur la branche fébrile de l’existence. J’aimerai toujours ces choses-là parce qu’elles sont l’expression d’une curiosité qui m’a fait défaut pendant longtemps dans ma jeunesse, et que j’apprends à dompter et à utiliser depuis qu’elle est apparue il y a quelques années.
Simplement, j’ai des idées, des projets, des envies, des rêves. Et ce n’est pas en voyageant sans but que j’avancerai plus vite vers eux. Tout est encore flou, embué. J’ai mis du temps à comprendre que ça pourrait rester flou à jamais si je n’essuie pas le pare-brise moi-même.
En Thaïlande, j’ai rencontré plusieurs personnes qui ont agi sur cette prise de conscience, qui m’ont réveillé tout en prenant soin de laisser mes rêves branchés. Cela aurait pu se passer dans un autre pays, vraiment n’importe où, la Thaïlande n’a rien de très spécial mais c’est juste là que ça s’est passé.
Fin novembre 2011, je quitte le sol malaisien, je pouce à la frontière mal famée entre la péninsule et la Thaïlande. Je quitte le pays des sourires à aller chercher tout au fond du puits, pour le pays des sourires faciles et instantanés. La première chose qui me plut en Thaïlande, c’est qu’avec ou sans dents, le sourire est une règle d’accueil.
Quelques centaines de kilomètres et j’arrivai à Phuket. Non pas que j’avais une envie folle de passer par cette ile assaillie par un tourisme de masse abominable et dégoutant, mais ce n’était pas un énorme détour de la route de Bangkok et cela me permettait de rendre visite à deux amis polonais, et de rencontrer un homme qui n’était pour moi qu’un souvenir d’il y a dix-huit ans. Tout cela en une demi-journée. Rapide, trop rapide, mais j’avais prévu de me précipiter sur Bangkok : Visa Thaïlandais ne durant que deux semaines, Visa Indien à demander à Bangkok car en Malaisie ils ne l’accordaient plus, attente de six ou sept jours ouvrables pour l’obtenir, avion pour Delhi en Inde dans la foulée. Je n’avais pas un jour à perdre.
Il y a dix-huit ans, un petit garçon de douze ans accueillait chez lui un jeune thaïlandais de vingt-deux ans que ses parents avaient invité pour quelques semaines. Sans doute cet homme venu de l’autre bout du monde fut une toute petite étincelle déjà qui réveillait en ce garçon mal dans sa peau une curiosité endormie et le rêve des chemins du monde. Quand donc ai-je commencé à rêver le monde affalé sur un grand atlas ouvert sur une page dont les noms des pays ou des rivières évoquaient un monde fantastique? J’aime à croire que ce fut à ce moment-là, mais je n’en ai à vrai dire aucune idée. Seuls mes parents pourraient peut-être se souvenir de l’époque à laquelle je commençais à passer des heures sur l’Atlas Géant de la bibliothèque. Quoiqu’il en soit, j’avais enfin fait le chemin moi-même vers la Thaïlande, vers Phuket, vers Surin Beach, vers un restaurant dont je ne connaissais que le nom du propriétaire, Chart. Il ne me fallut pas quinze minutes pour trouver où c’était en demandant aux commerçants du coin. Je demandai Chart. Il sortait de la douche, une serviette sur les épaules, les cheveux ébouriffés, un peu d’embonpoint. Pas très ressemblant au jeune home svelte en costume orange de moine bouddhiste, présent sur la photo aux couleurs passées qui trône dans la cuisine de ma maison natale.
«Bonjour, je suis le fils de Laure et Marc.
-Xavier?»
Il se souvenait de mon nom! Il ne lui avait pas fallu deux secondes pour arborer un sourire radieux et se remémorer mon nom et des souvenirs datant de presque deux décennies. J’étais surpris, et il en profita pour me prendre au dépourvu : A peine quelques minutes et j’étais assis à la table familiale avec un gros poisson délicieux en face de moi et du jus de fruit bien frais.
Je passe les détails de la rencontre pleine d’émotions, pour passer à la question essentielle :
-Pourquoi voyages-tu dans tous ces pays?
Bêtement, j’ai répondu la même chose que je répète à ceux qui me posent cette question banalement, juste par curiosité.
-Je voyage ainsi parce que j’aime rencontrer des personnes d’une autre culture, j’aime avoir l’expérience du renouveau et de la découverte d’un monde différent.
Un sourire silencieux de Chart suffit à me faire comprendre que j’ai répondu à côté de la plaque. Que je n’ai pas réfléchi. Que sa question est un leurre qui cache une autre vérité. Je me tais, je souris, j’efface mes préceptes, je ferme les yeux.
Je comprends. Je ne lui réponds pas ce que j’ai compris. Car il n’y a pas de réponse. Il n’y avait même pas de question. Il a compris que j’ai compris. Dans ma tête tout se bouscule. Comment n’ai-je pas pu y songer plus tôt?
Chart m’a mis sur la voie de ma propre compréhension : je ne voyage pas, je ne voyage plus depuis longtemps. Bien sur je suis loin de la maison, loin de mon éducation, loin des personnes qui me sont chères. Cela ne signifie pas que je voyage. Je suis à la recherche de clés pour vivre mes rêves et mes projets. Je ne le savais pas, et maintenant je commence à comprendre ce qui n’allait pas en Australie. L’Australie et ce que j’y faisais n’avait aucun intérêt pour moi. Voyager en Australie est un intérêt en lui-même, seulement je ne souhaitais pas voyager. Je souhaitais apprendre. Apprendre quoi, cela est pour l’instant un petit secret dans ma tête.
Le lendemain, 800km de stop pour rejoindre Bangkok. Je loge chez Toom, un être formidable, un thaïlandais qui n’a pas eu la vie facile mais qui maintenant accueille la joie chez lui en hébergeant des masses de couchsurfers qui passent par sa ville. Sa maison est une sorte de communauté mouvante, une maison bleue des temps modernes où se croisent toutes sortes de voyageurs ou de touristes, farfelus, conventionnels, sûr d’eux ou perdus, de toutes couleurs et de toutes essences. Là, enfin je rencontrai Keveen et Gina, l’équipe de Korakor (voir cet article sur Korakor et Spread Your Love), après avoir correspondu depuis si longtemps et suivi leurs actions tout autour du globe.
En rencontrant ces personnes, je voyais deux êtres entiers qui travaillent dur pour leur idéal, et qui y sont tout à fait dédiés. Pas une minute de leur temps n’existe sans qu’ils ne s’adonnent à leur passion, celle de répandre l’amour autour d’eux, et à travers les médias de la toile.
Une autre rencontre que le hasard voulut qu’elle se fît en Thaïlande. Une rencontre inspiratrice, qui m’a donné la force de me comprendre, et d’imaginer un futur d’action, plutôt qu’une lente dérive sur le tapis trop confortable du voyage.
La question que je me suis posé pendant ces 15 jours en Thaïlande : Pourquoi je ne voyage plus, que suis-je en train de faire et où me diriger? La réponse timide que je me suis faite, et que je pense creuser dans les mois qui viennent : Parce que je veux me concentrer sur l’apprentissage. Bien sûr j’apprends, nous apprenons tous beaucoup en voyage, mais c’est un apprentissage du hasard, sans but, c’est l’accumulation de connaissances sur un pays, un peuple, une situation politique, une cuisine exotique, des faits du hasard pour la culture générale. Une sorte de télévision où la zappette est l’avion, les touches sont les frontières, et l’écran est la réalité qui s’offre à nous au hasard des chaines. Maintenant, j’ai compris que je ne veux plus regarder la télévision du voyage, mais créer mon propre programme. Il y a du travail, et il faut étudier le sujet d’abord. Je m’y lance, je commence dès demain (à l’heure où j’écris ce texte).
Il y a énormément de choses que je veux apprendre, des choses concrètes, et le temps passait sans que je ne le fasse. C’est l’heure maintenant de m’y consacrer.
Quelles choses ? Je suis désolé, je ne peux pas tout révéler pour l’instant ! J’ai mes petits secrets, comme tout le monde.
Le plan
A l’heure où tu lis ceci, je suis dans une ferme dans la montagne à 400 kilomètres de Delhi (capitale de l’Inde). Sur une colline au pied de l’Himalaya. Je me suis engagé pour quelques semaines dans une ferme bio, espérant acquérir quelques connaissances, et des idées pour le futur. Espérant apporter ma pierre à un édifice aussi, car cette ferme et toute neuve. Là-haut, pas d’internet, pas de téléphone, des conditions un peu rigoureuses, un confort sommaire. Donc plus de nouvelles pendant un petit moment. Je n’ai plus d’ordinateur, ce qui veut dire que je ne pourrai plus écrire aussi souvent que ces derniers mois.
Ensuite, l’orphelinat dans le Tamil Nadu, je devrais m’y rendre en janvier. Tu auras plus de nouvelles à ce moment-là car je communiquerai sur ce qu’on a pu faire avec l’argent que beaucoup d’entre mes lecteurs ont eu la générosité de me transmettre pour ces adorables enfants.
Ensuite… les articles sur mon blog risquent de s’espacer, car comme je l’ai dit, je n’ai plus d’ordinateur. Ca fait partie d’un choix.
En Australie, ça a commencé par mon téléphone mobile qui a cassé, et dont je me suis débarrassé avec plaisir. Depuis deux ans, je ne suis plus trop porté sur le téléphone portable, mais en Australie il m’était nécessaire d’en posséder un pour recevoir des appels proposant du travail. Je me débarrassai sur la fin d’un portable et de son câble pour recharger. Une chose en moins à faire attention.
Puis ma mère m’a rendu visite il y a quelques semaines, et je lui ai demandé de m’apporter des livres et de rapporter mon ordinateur à la maison avec elle. Deux kilogrammes en moins, des câbles en moins, de l’espace en plus dans mon sac. J’ai apprécié écrire pour mes lecteurs et pour moi-même, mais j’ai pensé que j’avais besoin d’une pause. Pause de l’écran surtout car j’avais acquis une certaine addiction à mon ordinateur, comme au bon vieux temps je l’utilisais pour tout faire et organiser et j’y passais trop de temps. Je veux me débarrasser de ça pour quelques temps. Ca implique de n’avoir plus la possibilité d’écrire aussi souvent qu’avant, mais ça ne me fera pas de mal. Je suis maintenant enthousiaste à l’idée des prochaines semaines sans ordinateur. C’est une mauvaise nouvelle pour mes lecteurs je le sais, mais tu peux te rattraper en te procurant un petit travail que j’ai effectué dernièrement.
Rendez-vous sur cette page pour télécharger mes premiers écrits de voyage : www.tourto.fr/publications
Aussi, si tu ne t’en es pas encore rendu compte, va voir la page d’accueil du blog www.tourto.fr : nouvelle présentation, et un nouveau bouton «article au hasard». Si tu t’ennuies de mes articles, clique là-dessus et retourne un peu en arrière dans le temps, au hasard de mes pérégrinations passées !
Enfin, ici en Thaïlande, mon appareil photo a rendu l’âme après un an de bons et loyaux services. Je ne suis pas déçu, bien au contraire. C’est une aubaine pour ouvrir mes yeux bien plus grands ! Plus de photos donc pour les mois à venir car je ne veux pas m’en procurer un nouveau. C’est mon choix.
Je me retrouve maintenant sans appareil électronique, et sans câbles, et j’en suis pour l’instant très heureux, c’est une sensation très agréable.
Je terminerai par un joyeux noël de mise en cette fin d’année. Je serai bien loin dans la montagne pour cette fête familiale, je penserai à ma famille, à mes amis, autant que j’y pense chaque jour. Beaucoup de gens penseront à leur famille ou leurs amis à travers de nombreux cadeaux pour la plupart ayant voyagé de Taiwan à la France en passant par le Canal de Suez, seront déballés sous un sapin pour terminer dans un tiroir peu de temps après et enfin rejoindre dans quelques mois soit une décharge publique, soit un pays d’Afrique qui voudra bien y donner une seconde vie. Je propose à ceux qui auraient l’envie de me faire un cadeau pour noël, et a ceux qui n’y songent pas aussi, de faire voyager leur amour et leur considération plutôt que ces objets inutiles qui encombrent les routes. Considérez donc d’aider une organisation de votre choix qui fait du sens pour vous, ou l’une des personnes en qui je crois pour tout ce qu’elles font de bien dans ce monde.
Pensez particulièrement à Prishan Foundation, en (re-)lisant cet article : Prishan Foundation
Ou rendez-vous sur cette page : www.tourto.fr/agir
Un grand sourire à tous pour votre patience, pour noël, pour chaque autre jour, et pour exister dans ce monde!
English
Français
Que 2012 te permette de trouver et réaliser ce que tu souhaites!
Nous patienterons en attendant de tes nouvelles.
Dominique